Dans cet article, nous verrons ce qu’est la zone de confort du chien, comment apprendre à lire ses signaux de communication afin de toujours évoluer dans cette zone.
La notion de « zone de confort » est la base de tout travail sur le comportement du chien, qu’il s’agisse de réactivité, de peurs ou d’excitation.
Comme décrit dans cet article au sujet de la rééducation comportementale, la compréhension et le respect de la zone de confort du chien sont primordiales pour mener à bien un travail de désensibilisation.
Chez le chien, comme chez tout être vivant doté d’un système nerveux développé, existent différentes zones et stratégies face au danger.
Les « 3F »
Commençons par évoquer les « 3F » (pour freeze, fight, flight en anglais, « se figer », « se battre », « fuir » en français). Cette notion des « 3F » a été théorisée au XXᵉ siècle par différents chercheurs, comme Walter Bradford Cannon, puis complétée notamment par John Paul Scott & John L. Fuller ainsi que Robert et Caroline Blanchard.
Les « 3F » correspondent aux différentes stratégies possibles face au stress : l’animal peut fuir (flight), se battre (fight) ou s’immobiliser (freeze). Cette réponse n’est pas un choix volontaire de l’animal, mais repose sur des circuits neurobiologiques automatiques. Il arrive souvent que l’animal passe d’abord par un moment d’immobilité (freeze), avant de passer à la fuite (flight) ou au combat (fight).
Le choix entre Freeze – Flight – Fight n’est ni aléatoire ni conscient. Il résulte d’une évaluation automatique du danger, façonnée par l’évolution, la physiologie et l’expérience de l’animal. Plusieurs facteurs clés entrent en jeu simultanément, comme l’évaluation immédiate du danger (distance, imminence), les capacités physiques de l’animal, l’histoire évolutive de l’espèce, les expériences individuelles, l’état physiologique et hormonal, ainsi que l’environnement immédiat (existence ou non de possibilités de fuite).
D’un point de vue évolutif, le fight est une stratégie coûteuse pour l’organisme et risquée pour la survie. Il n’est presque jamais un « choix agressif », mais une réponse de survie lorsque toutes les autres options sont bloquées.
La zone de confort
Maintenant que vous avez compris les « 3F », prenons un peu de distance et regardons la situation avec un peu plus de recul pour reconnaître QUAND ces « 3F » vont intervenir.
Tout comme les « 3F », tous les animaux dotés d’un système nerveux développé vont avoir ce que l’on appelle une « zone de confort ». La zone de confort fait référence à l’état émotionnel de l’animal face à un stimulus qui l’interpelle. On a tendance à utiliser la zone de confort pour les stimuli auxquels l’animal réagit de manière négative, mais elle s’applique également aux situations auxquelles l’animal réagit de façon trop positive (par exemple avec de la surexcitation face à un stimulus). Simplement, dans le cas d’une réaction face à un stimulus positif, les « 3F » ne peuvent pas s’appliquer tels quels, mais s’adaptent à la situation.
Pour plus de clarté, nous allons parler des stimuli auxquels l’animal réagit de manière négative, mais cela s’applique tout à fait au cas où l’animal réagit de façon trop positive. Prenons l’exemple du chien.

Nous allons schématiser cette zone de confort en plusieurs « sous-zones », que l’on va associer à un code couleur pour plus de simplicité :
– la zone rouge 🔴 : la zone rouge correspond à la zone de danger du chien. C’est la zone la plus proche de lui. Dans cette zone, ce sont les « 3F » qui entrent en jeu. Le chien peut uniquement répondre par l’une de ces 3 options, de manière involontaire et inconsciente. Il ne peut pas réfléchir de manière lucide, simplement passer à l’action. D’un point de vue signaux de communication, on peut observer, pour le chien qui va avoir tendance à fuir : une posture basse, poids sur l’arrière du corps, oreilles en arrière, queue parfois sous le ventre, regard fuyant parfois, babines relevées, grognements, fuite, etc. Pour le chien qui a tendance au fight : poids du corps sur l’avant, charge en direction du danger, crête sur le dos, oreilles en avant, aboiements, babines relevées, claquements de dents, etc. Attention, un chien initialement dans la fuite peut passer à l’attaque si il se sent coincé.
– la zone orange 🟠 : la zone orange correspond à la zone de vigilance du chien. Pour mieux visualiser les nuances de cette zone, j’aime la séparer en 2 couleurs : la zone orange foncée (la plus proche de la zone rouge), et la zone orange clair 🟡 (la plus éloignée de la zone rouge, et la plus proche de la zone verte). Dans la zone orange, le chien est capable de réfléchir et d’apprendre (bien que, plus on est proche du rouge, moins son cerveau est disponible). D’un point de vue signaux de communication, dans la zone orange foncée, le chien regarde le stimulus déclencheur la majorité du temps mais il est capable de se tourner de façon rapide vers son propriétaire pour un court instant, avant de revenir sur le stimulus déclencheur. Il est peu disponible pour son humain, même s’il arrive à le regarder et à écouter ses demandes de façon plus ou moins efficace. Il accepte généralement les friandises mais a parfois du mal à tourner la tête vers son humain pour les prendre. Dans la zone orange clair, le chien regarde le stimulus déclencheur de temps en temps pour surveiller sa direction ou s’il se rapproche, il le surveille à distance mais il est capable de se tourner pendant plusieurs secondes d’affilée vers son propriétaire, peut exécuter sans hésitation des comportements qu’il connaît, prend les friandises de façon habituelle (sans précipitation si c’est dans son habitude). Le chien peut vaquer à ses occupations comme renifler, tout en continuant de surveiller le déclencheur. Dans la zone orange, la posture du chien est globalement détendue, même s’il est vigilant au stimulus déclencheur. Il peut parfois fermer un peu la bouche, couper sa respiration le temps d’analyser, sa queue peut se dresser ou se figer un court instant, puis il se détend à nouveau.
– la zone verte 🟢 : la zone verte correspond à la zone de confort du chien. Dans la zone verte, le chien est tout à fait disponible pour les nouveaux apprentissages. D’un point de vue signaux de communication, le chien est tout à fait détendu, sa queue est souple et bat de façon habituelle, il respire normalement, vaque à ses occupations comme renifler ou jouer, sans se soucier du déclencheur.
Ces 3 zones ne sont pas figées dans le temps et dans l’espace et vont dépendre de nombreux facteurs, comme par exemple l’état de santé du chien ce jour (un chien qui a des douleurs certains jours et pas d’autres), l’environnement (si il y a des éléments qui brisent la vue comme des arbres), l’état émotionnel direct du chien (si le chien a déjà été beaucoup exposé ce jour là), l’attitude du déclencheur (un ou plusieurs chiens ? En laisse ou détachés ? Me regardent, figent, aboient, ou continuent leur chemin ?), etc.
Comme expliqué dans cet article, lorsque l’on souhaite modifier un comportement en respectant l’émotionnel du chien, on essaie de rester au maximum dans la zone verte-orange pour permettre au chien d’apprendre le nouveau comportement que l’on attend de lui. Des exercices spécifiques devront être réalisés dans cette zone verte-orange. A l’inverse, en cas d’urgence et lorsque le chien est dans la zone rouge, des solutions d’urgence pourront vous être proposées pour éviter que le chien ne « déclenche » et continue de se sensibiliser, mais ces solutions ne sont pas magiques puisque le chien n’est plus capable se gérer émotionnellement.
Conclusion
Comprendre la zone de confort de son chien, c’est apprendre à lire ses émotions avant qu’elles ne débordent. C’est accepter que derrière chaque comportement se cache un état émotionnel, et que le chien fait toujours du mieux qu’il peut avec les ressources dont il dispose à l’instant T.
En identifiant dans quelle zone se trouve votre chien, vous pouvez adapter vos distances, vos attentes et vos exercices afin de rester dans une zone propice à l’apprentissage et à l’apaisement. Travailler en zone verte et orange, c’est offrir à votre chien la possibilité de réfléchir, de s’adapter et de progresser sans se sentir menacé.
Respecter la zone de confort d’un chien ne revient pas à éviter toute difficulté, mais à l’accompagner de manière progressive, sécurisante et respectueuse de son émotionnel. C’est une base essentielle pour construire une relation de confiance durable, et pour aider le chien à gagner en sérénité face à son environnement.

No responses yet